LE MENSONGE

Crédit photo : Dalila Assefsaf

Le mensonge est la pire des vérités, la plus odieuse. Sa version la plus trompeuse, la plus cruelle. Parce qu’il était là ce beau mirage, ce bel artifice ! Il était confortable et il nous manque.

Le mensonge avait tout pour nous séduire, exactement comme on le voulait : doux, rassurant. Puis tel qu’on l’a tant redouté : cynique, rabaissant.

Il était celui qu’on voulait entendre. Qu’on voulait absolument croire. Qu’on ne peut plus supporter. Qui sait ce qui nous fait du bien. Puis comment nous faire mal. En plein là où il y a déjà écorchure.

Un délire. Une illusion. 

Le mensonge est omniprésent, lové au coeur des promesses. Au travers des deuils. Au fin fond de nos rêves.

Il nous (ap)prend par surprise, niché au coeur de la trahison. Accoté, agrippé aux autres vérités comme un parasite. Un virus qui s’étend. S’étale. Se répand.

L’amour sait rarement quoi faire avec ça, il est indécis. Doit-il accepter ? Doit-il s’enfuir ? L’amour n’est pas mort, mais il est blessé. Il est aussi drôlement embêté.

Le mensonge est abject. Du venin, de l’acide ! Sauf qu’il est pas mal moins cruel que la vérité.

Atlantide

 

RÉVOLUTION TRANQUILLE

Crédit photo : Dalila Assefsaf

Un jour, quelqu’un m’a dit que je m’étais moi-même rangée dans une boîte. Cette image m’a tellement bouleversée que s’en est suivie la plus grande métamorphose de ma vie. J’allais avoir quarante ans ; drôle de hasard que cette réflexion arrive précisément cette année-là.

Je m’appelle Atlantide, c’est mon véritable prénom. Née au Canada et grandie en France. Un parent sur chaque continent.

À quatre ans, je savais lire et écrire. Et à six ans, j’ambitionnais de devenir poétesse.

Ma mère était professeur de français, elle avait de longues études universitaires à son actif. Sa vision de la vie était unique / magique, et elle m’a propulsée vers ce qui la / me fascinait le plus : la littérature.

J’ai toujours écrit. Comme si une main invisible guidait la mienne, comme si j’étais son instrument. 

À seize ans, j’avais reçu sept prix littéraires et je voulais consacrer ma vie à la poésie. Deux ans plus tard, on me remarquait et j’étais embauchée par un important quotidien français. 

Sauf que la poésie n’a pas vraiment sa place dans la vraie vie. Ni dans les faits-divers entre Dinard et Pleurtuit. 

Alors un jour j’ai eu peur. Une peur terrible de me faire dévorer tout cru dans un monde auquel je n’étais pas  du tout préparée. 

J’ai tout arrêté. Du jour au lendemain. Comme on dit en bon français, je me suis poussée. Très loin de chèz moi, au Canada. En fait, là où je suis née (mais où je n’étais encore jamais allée).

Je me suis tournée vers la gestion & l’administration. Aucun rapport avec ma passion.

Et j’ai définitivement tiré un trait sur les arts. 

À une certaine période, dans ma trentaine, j’ai rencontré des défis personnels / financiers. Et pour arrondir mes fins de mois, j’ai nettoyé des appartements. Ça a duré environ cinq ans.

C’est pendant ces ménages-là que j’ai recommencé à écrire. Et que j’ai rédigé mon tout premier roman. À un peu plus de quarante ans.

Parce que tout d’un coup, j’ai décidé de croire à nouveau en mes rêves d’enfant.

Atlantide

 

BLANCHE & NOIRE

Crédit photo : Dalila Assefsaf

Blanche et Noire cohabitent depuis toujours.

Blanche est spontanée, elle réfléchit peu. Elle est naïve mais sa candeur n’a d’égale que sa résilience.

Noire est incroyablement forte ; elle encaisse les coups avec un courage et un aplomb peu ordinaire. Elle plie mais elle ne cède jamais.

Blanche guide Noire au travers de la clarté, elle lui sert de réflecteur. Elle fait confiance à son intuition, c’est comme ça qu’elle ramène Noire à la raison / maison.

Noire fait traverser la noirceur à Blanche, elle lui sert de bouclier. Noire est prudente, elle ne laissera rien lui arriver.

Blanche et Noire cohabitent depuis toujours, elles sont habituées.

Atlantide

LA PEUR

Crédit photo : Dalila Assefsaf

La peur est omniprésente, elle t’envahit. Te domine. Te brûle. Te glace partout et nulle part à la fois. Pire que la douleur, elle te renverse et t’empêche d’agir. Puis te soulève et te propulse malgré toi.

La peur est humaine. Sans défense. Accrochée à tes mouvements. Inhumaine. Inopportune, pendue à tes faiblesses. Elle te pénètre dès la naissance, te confronte dès tes premiers instants de vie. T’accompagne tout au long de ton existence.

Fais en ton alliée parce que, de toute façon, tu ne pourras pas t’en débarasser.

La peur est irréelle. Ferme tes yeux et fais le vide. Maintenant, imagine que tu es dans l’espace. Tu flottes. Voilà, prend le temps de respirer calmement, tu n’es pas pressé(e). À présent, concentre toi sur les battements de ton coeur et apprivoise ce que tu ressens. Accepte l’émotion.

La peur se contrôle. Maintenant tu es prêt(e).

Atlantide

PASSIONNÉMENT, À LA FOLIE !

Crédit photo: Dalila Assefsaf

Un matin de printemps il y a plusieurs décennies, ma mère a décidé de plonger dans le vide. Nous connaissions tous son désarroi, mais nous ignorions à quel point il était fatal.

Ma mère était une femme hors du commun. Elle avait beaucoup voyagé et les récits de sa jeunesse ont ébloui mon enfance. Mais son véritable lègue, c’est cette liberté, ce droit de penser par moi-même, à ma façon, sans me laisser convaincre par la masse, qu’elle m’a inculqué. 

Nous habitions un petit village au bord de la mer, en Bretagne. Mono-parentale, dépressive et sans emploi, inévitablement marginalisée, ma mère a affronté sa destinée comme d’autres se faufilent dans la leur. D’une générosité sans limite, elle savait néanmoins trouver au coeur de son quotidien la force et le courage de se dévouer aux autres.

Las, quand sa raison faiblissait, elle se retranchait dans la folie. 

 Dans notre village, la fragilité mentale de ma mère dérangeait / amusait. La folle, qu’ils l’appelaient.

 Mais si le quotidien n’a pas toujours été facile, quelle magie ! Quel voyage que de partager avec cette femme hors du commun les plus belles années de ma petite enfance !

Un jour, quelqu’un m’a demandé ce que je ressentais à être la fille d’une folle. J’ai ignoré sa question mais comme ça faisait rire les autres, il a insisté. Lui, à ma place, il ressentirait une honte terrible, m’a-t-il narguée.

Je l’ai remercié pour sa franchise,  puis je lui ai expliqué : à ma place, tu ressentirais de la douleur face au jugement, comme je le ressens en ce moment. Et aussi de la colère face à la stupidité, évidemment. Mais tu ne connaitrais pas la honte, parce que ma mère t’aurait appris la tolérance. Et tu ne porterais pas non plus de jugement hâtif, parce que ta compassion serait plus grande que ton ignorance.

Il était rouge de honte. Je n’aurai pas aimé être à sa place.

Atlantide

 

MONTRÉAL, L’UNIQUE

Crédit photo: Dalila Assefsaf

Chaque année, ma passion pour Montréal renait au rythme de sa frénésie estivale. Je l’avoue, j’ai une tendresse particulière pour le Plateau Mont-Royal. Ses minuscules rues fleuries, ses maisons colorées, ses édifices subtilement transformés en oeuvres d’art. Ses ruelles vertes, ses parcs, ses pistes cyclables, ses beaux grands arbres centenaires, ses jardins qui fleurissent un peu partout, comme autant de prises de conscience sur le béton. 

En 19.. , j’ai posé les pieds pour la première fois à Montréal ; c’était la mi-Mai. Les oiseaux chantaient à tue-tête, les terrasses étaient bondées, les effluves sucrées-salées se mêlaient aux éclats de voix.

Les sons, les senteurs, les accents fusaient de partout et Montréal vibrait à l’unisson de son incroyable diversité. Je m’en souviens comme si c’était hier. Jamais je n’avais connu pareille exaltation.

Ce qui m’a surtout marquée, à l’époque, c’est cette légèreté qui planait sur la ville. Les passants se souriaient, se saluaient, échangeaient deux trois banalités, puis reprenaient tranquilement leur chemin le sourire aux lèvres. Comme si vous croiser les avait rendu sincèrement heureux.

Montréal est définitivement la ville où je voulais poser mes valises. Je l’ai su dès le premier instant.

Montréal, l’unique !

Atlantide

SIMPLICITÉ VOLONTAIRE

Crédit photo : Dalila Assefsaf

J’ai grandi dans un village où le monde moderne tel qu’on le connait aujourd’hui n’avait pas encore commis ses ravages. Un village entouré de champs, cerclé par la mer, et dont la joliesse émanait de sa simplicité.

Notre maison, très humble, se dressait au coeur d’un jardin dont la splendeur n’avait d’égale que sa multitude de saveurs. Un amalgame de couleurs et de senteurs toutes plus envoutantes les unes que les autres. Le jardin potager regorgeait de légumes, nos arbres abondaient en fruits, et les fleurs me donnaient l’impression exquise de flotter parmi les fées.

Notre petite agglomération était entourée par la mer. À chaque début de printemps, mon grand-père sortait son bateau, ses cannes, ses filets, ses casiers, et nous passions nos journées sur l’eau. Le ciel et l’océan ne formaient plus qu’un ; tout autour de moi semblait si vaste !

À la fin de l’été, nous avions suffisamment de poisson dans le congélateur pour tenir tout l’hiver.

Notre hameau se situait à l’extrémité du village. Le fermier avait une calèche dans laquelle il promenait les touristes. Chaque soir, dans un tumulte de rires, nous guettions son retour pour profiter d’une ballade gratuite. Moyennant quelques pommes, ou une poignée de centimes, les plus chanceux d’entre nous pouvaient ensuite conduire les vaches au pré.

Ma grand-mère s’arrangeait avec la fermière pour le lait, et mon grand-père avec le fermier pour la viande. Nous avions aussi un poulailler et des clapiers. Fut un temps où nous avions même des moutons.

Notre région comptait plusieurs sources dont une très connue. Aujourd’hui, quand je lis son nom sur une étiquette, je repense au chemin broussailleux jonché de fossés marécageux qui menait à mon vieux puits couvert de barbe verte, et je souris. Une chance que peu de gens savent ça, je me dis.

Pourtant, malgré tout mon amour pour ce petit coin de pays idyllique, un beau jour, j’ai voulu découvrir la ville.

J’ai troqué mes paysages de rêve pour du strass et des paillettes. Des châteaux de sable. De la musique et des confettis. Stupide cigalle, va !

J’ai adoré le luxe, l’abondance. Le surfait. J’y ai même cru. J’ai trouvé magnifiques ces femmes aux sourires sophistiqués, je voulais leur ressembler. Ces femmes de carrière dont j’ai admiré le parcours à m’en sentir ridicule. Dont j’ai copié le reflet pour mieux noyer mes origines rustiques.

J’ai acheté-amassé-accumulé-entassé. Remboursé, payé des intérêts, cumulé les dettes, manqué mes échéances.

Un jour, tandis que je n’avais plus rien, tandis que mon appartement était aussi désert que mon existence, que mon garde-manger était aussi vide que mes comptes en banque, j’ai regardé au-delà du décor. Bien au-delà de tout ce qui m’était apparu essentiel pendant toute ma vie.

Je me suis alors aperçue que, derrière cette façade d’abondance, cette mascarade de besoins inexistants, se trouvait une autre réalité : celle de la survie. 

Combien de temps nous faudra-t-il, en tant que société, pour comprendre que l’abondance dans laquelle nous vivons n’est qu’un leurre ?

Atlantide

L’OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE

Crédit photo : Dalila Assefsaf

L’obsolescence programmée alimente la surconsommation. Et aujourd’hui, c’est à notre conscience collective que je m’adresse lorsque je m’interroge sur la validité de nos acquis :

l’abondance, oui. Mais à quel prix ?

Les prémices de l’obsolescence programmée, nommée également désuétude planifiée, sont apparus en 1924, à Genève, lors d’une association entre plusieurs fabricants d’ampoules.

À l’époque, la durée de vie moyenne d’une ampoule était de 2500 heures. Or, l’objectif du cartel était de la réduire à 1000 heures afin d’accroître les ventes.

Deux décennies plus tard, les principaux manufacturiers instigateurs de cette aberration ont été traduits en justice.

Malheureusement, bien que plusieurs brevets concernant des ampoules d’une durée illimitée furent déposés par la suite, aucun modèle ne fut jamais commercialisé. Quelle entreprise aurait eu désormais le moindre intérêt à commercialiser un tel produit ?

Un autre exemple nous amène en 1939, tandis que la compagnie Américaine Dupont de Nemours lance sur le marché les fameux bas en nylon. Au cours de la seconde guerre mondiale, le nylon était si robuste qu’il servait notamment à fabriquer les parachutes. Sa solidité était telle que des centaines d’Américaines  donnèrent leurs bas nylon pour soutenir l’effort de guerre.

Évidemment, la formule originale du produit fut rapidement révisée afin de pousser les consommatrices à en acheter de nouveaux. Qui parvient aujourd’hui à conserver ses bas nylon intacts plus d’une journée ? 

Maintenant, revenons à notre époque. Prenons pour exemple la compagnie Apple qui non seulement commercialise des produits irréparables, mais dont les accessoires ne peuvent non plus se transmettre d’une génération d’appareils à la suivante.

Notons également que certaines imprimantes à jet d’encre, Canon, Kodak et Epson pour ne citer qu’elles, cessent de fonctionner grâce à une puce qui comptabilise le nombre d’impressions, et / ou indiquent à l’utilisateur de remplacer des cartouches pourtant encore à moitié pleines.

Les téléviseurs sont un autre exemple flagrant de l’obsolescence programmée. Leurs fabricants y insèrent des condensateurs de mauvaise qualité, et les placent de façon à en accélérer l’usure. Les fabricants d’électro-ménagers utilisent le même stratagème.

Malgré une technologie de plus en plus avancée, nos appareils sont rarement conçus pour une durée de vie supérieure à cinq ans.

Alors que ceux conçus avant l’aire du jetable duraient, eux, plusieurs décennies.

Au final, tous les déchets que je viens de décrire sont régulièrement déversés dans les pays pauvres ; sur le sol Africain notamment.  Là où ça nous dérange moins parce que c’est loin. Et parce que là-bas, le fléau principal c’est la faim. Alors nos petites tonnes de déchets, on s’en contrefous, hein ! 

Les conséquences sont évidemment désastreuses. Leur accumulation détruit l’environnement, et leurs composantes toxiques nuisent à la qualité de vie et à la santé de ses habitants déjà affaiblis par la maladie et la malnutrition. 

Sommes nous à ce point si peu conscients / civilisés ?

Dans notre quête perpétuelle de l’illusoire, du provisoire, ne serions nous pas en train de piétiner notre propre pérennité ?

Atlantide