LA BOÎTE BLANCHE

Crédit photo : Dalila Assefsaf

Le petit garçon s’assoit sur son lit. Sa mère transporte une boite blanche ; la fameuse boite qui l’intrigue depuis si longtemps. Elle la dépose devant lui ; c’est le jour de ses huit ans, il s’en souviendra toute sa vie.

Le petit garçon vit d’épouvantables colères. À chaque fois qu’il ressent du chagrin, ça se transforme en rage. Il ne sait pas pourquoi c’est comme ça, c’est plus fort que lui.

Maman dit qu’il est né très déterminé, qu’il saura s’en sortir dans la vie. Elle dit aussi qu’il doit prendre sur lui parce qu’elle ne comprend plus rien quand il crie.

Le petit garçon connait un peu son histoire. Il sait qu’il est né trop tôt, qu’il était malade. Il sait que sa survie est restée longtemps précaire, et qu’il avait un frère jumeau. Il se pose beaucoup de questions depuis quelque temps, surtout depuis qu’il connait son prénom. Quand sa maman en parle, des frissons lui parcourent l’échine. Un frère jumeau, ça aurait été bien pour combler l’immense vide qui l’habite.

Maman est silencieuse, ses yeux brillent. Les larmes coulent tranquillement le long de ses joues. Le petit garçon prend sa main ; il comprend que le moment est important. Il ne saisit pas bien toutes les émotions qui l’assaillent.

Sa mère sort une pochette en toile, elle en extrait un minuscule pyjama. Le petit garçon le touche. Il devine : c’était le pyjama de mon jumeau, n’est-ce pas ? 

Alors maman sort une seconde enveloppe blanche, en papier cette fois-ci. Un nom est écrit à côté du sien, le fameux prénom qui sonne si doux et si triste quand maman le prononce. 

Le petit garçon renverse le contenu, il ne veut plus attendre. Quelques photos s’éparpillent devant lui ; en noir et blanc sur du papier très mince, avec  des bébés qui flottent ; ils sont deux / se caressent mutuellement le visage.

Le petit garçon emmagasine, dévore chaque échographie du regard. Il essaye de se souvenir mais c’est trop loin. C’était avant sa naissance, avant le vide. Avant l’incubateur / l’absence. Alors il referme brusquement la boîte. Maintenant qu’il a vu les images, il se sent mieux ; il a pu mettre un visage.

Le petit garçon sait dorénavant qu’un ange veille sur lui. Un ange qui n’aurait pas dû s’envoler si tôt, mais qui n’est sûrement pas non plus parti bien loin.

Atlantide

4 réflexions au sujet de « LA BOÎTE BLANCHE »

  1. Bonjour Atlantide !
    C’est Tournesol du camp saint-urbain :) Ton texte est magnifique si si bien écrit et très touchant. Tu as une très belle plume !
    Bonne journée à toi aux enfants

  2. Quelle belle plume tu as pour raconter un passage de vie triste mais tellement rempli d’amour. Ce petit garçon a la chance d’avoir une maman aussi douce et aimante.❤

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