PASSIONNÉMENT, À LA FOLIE !

Crédit photo: Dalila Assefsaf

Un matin de printemps il y a plusieurs décennies, ma mère a décidé de plonger dans le vide. Nous connaissions tous son désarroi, mais nous ignorions à quel point il était fatal.

Ma mère était une femme hors du commun. Elle avait beaucoup voyagé et les récits de sa jeunesse ont ébloui mon enfance. Mais son véritable lègue, c’est cette liberté, ce droit de penser par moi-même, à ma façon, sans me laisser convaincre par la masse, qu’elle m’a inculqué. 

Nous habitions un petit village au bord de la mer, en Bretagne. Mono-parentale, dépressive et sans emploi, inévitablement marginalisée, ma mère a affronté sa destinée comme d’autres se faufilent dans la leur. D’une générosité sans limite, elle savait néanmoins trouver au coeur de son quotidien la force et le courage de se dévouer aux autres.

Las, quand sa raison faiblissait, elle se retranchait dans la folie. 

 Dans notre village, la fragilité mentale de ma mère dérangeait / amusait. La folle, qu’ils l’appelaient.

 Mais si le quotidien n’a pas toujours été facile, quelle magie ! Quel voyage que de partager avec cette femme hors du commun les plus belles années de ma petite enfance !

Un jour, quelqu’un m’a demandé ce que je ressentais à être la fille d’une folle. J’ai ignoré sa question mais comme ça faisait rire les autres, il a insisté. Lui, à ma place, il ressentirait une honte terrible, m’a-t-il narguée.

Je l’ai remercié pour sa franchise,  puis je lui ai expliqué : à ma place, tu ressentirais de la douleur face au jugement, comme je le ressens en ce moment. Et aussi de la colère face à la stupidité, évidemment. Mais tu ne connaitrais pas la honte, parce que ma mère t’aurait appris la tolérance. Et tu ne porterais pas non plus de jugement hâtif, parce que ta compassion serait plus grande que ton ignorance.

Il était rouge de honte. Je n’aurai pas aimé être à sa place.

Atlantide

 

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