SIMPLICITÉ VOLONTAIRE

Crédit photo : Dalila Assefsaf

J’ai grandi dans un village où le monde moderne tel qu’on le connait aujourd’hui n’avait pas encore commis ses ravages. Un village entouré de champs, cerclé par la mer, et dont la joliesse émanait de sa simplicité.

Notre maison, très humble, se dressait au coeur d’un jardin dont la splendeur n’avait d’égale que sa multitude de saveurs. Un amalgame de couleurs et de senteurs toutes plus envoutantes les unes que les autres. Le jardin potager regorgeait de légumes, nos arbres abondaient en fruits, et les fleurs me donnaient l’impression exquise de flotter parmi les fées.

Notre petite agglomération était entourée par la mer. À chaque début de printemps, mon grand-père sortait son bateau, ses cannes, ses filets, ses casiers, et nous passions nos journées sur l’eau. Le ciel et l’océan ne formaient plus qu’un ; tout autour de moi semblait si vaste !

À la fin de l’été, nous avions suffisamment de poisson dans le congélateur pour tenir tout l’hiver.

Notre hameau se situait à l’extrémité du village. Le fermier avait une calèche dans laquelle il promenait les touristes. Chaque soir, dans un tumulte de rires, nous guettions son retour pour profiter d’une ballade gratuite. Moyennant quelques pommes, ou une poignée de centimes, les plus chanceux d’entre nous pouvaient ensuite conduire les vaches au pré.

Ma grand-mère s’arrangeait avec la fermière pour le lait, et mon grand-père avec le fermier pour la viande. Nous avions aussi un poulailler et des clapiers. Fut un temps où nous avions même des moutons.

Notre région comptait plusieurs sources dont une très connue. Aujourd’hui, quand je lis son nom sur une étiquette, je repense au chemin broussailleux jonché de fossés marécageux qui menait à mon vieux puits couvert de barbe verte, et je souris. Une chance que peu de gens savent ça, je me dis.

Pourtant, malgré tout mon amour pour ce petit coin de pays idyllique, un beau jour, j’ai voulu découvrir la ville.

J’ai troqué mes paysages de rêve pour du strass et des paillettes. Des châteaux de sable. De la musique et des confettis. Stupide cigalle, va !

J’ai adoré le luxe, l’abondance. Le surfait. J’y ai même cru. J’ai trouvé magnifiques ces femmes aux sourires sophistiqués, je voulais leur ressembler. Ces femmes de carrière dont j’ai admiré le parcours à m’en sentir ridicule. Dont j’ai copié le reflet pour mieux noyer mes origines rustiques.

J’ai acheté-amassé-accumulé-entassé. Remboursé, payé des intérêts, cumulé les dettes, manqué mes échéances.

Un jour, tandis que je n’avais plus rien, tandis que mon appartement était aussi désert que mon existence, que mon garde-manger était aussi vide que mes comptes en banque, j’ai regardé au-delà du décor. Bien au-delà de tout ce qui m’était apparu essentiel pendant toute ma vie.

Je me suis alors aperçue que, derrière cette façade d’abondance, cette mascarade de besoins inexistants, se trouvait une autre réalité : celle de la survie. 

Combien de temps nous faudra-t-il, en tant que société, pour comprendre que l’abondance dans laquelle nous vivons n’est qu’un leurre ?

Atlantide

Une réflexion sur « SIMPLICITÉ VOLONTAIRE »

  1. Bonjour Atlantide, merci pour ce magnifique texte. Je ne sais où ce trouve ce village dont tu parles si bien, il me semble que c’est en Bretagne si mes souvenirs sont exacts. Je suis plus âgé que toi, j’ai 65 ans, et j’ai vécu un peu ce que tu décris. Je suis né il y a 65 ans à Paris, mais très tôt mes parents, à cause de ma santé, sont redescendu dans le Gard, d’où est originaire ma famille paternelle. Le hasard a voulu qu’on habite le village de naissance de mon grand père. Un petit village, c’est en fait un petit bourg faisant parti de la commune de Nîmes, niché au creux de collines envahies par les genets, les pins, les chênes rouvres, des romarins sauvages, du thym, du serpolets, toutes ces plantes odorantes qui nous ennivraient lorsque gamins nous courrions la garrigue.quand je revois les film de Pagnol, c’est ce que j’ai vécu étant enfant. Aujourd’hui la folie humaine c’est emparé de ce lieu, les pinèdes ont brulé et ont fait place à des lotissements de pavillons bon marchés, le monde de la finance, le monde moderne ne supporte pas l’harmonie naturelle, la beauté du désordre. bien à toi.

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