MON PÈRE

Crédit photo : Dalila Assefsaf

Vous ai-je déjà parlé de mon père ?

Printemps 19.., je reviens pour la première fois au Québec après dix-huit ans d’absence ; j’en ai dix-neuf.  

Mon avion attérrit en sol canadien mais mon coeur est resté en France, là où j’ai grandi. Je suis en peine d’amour ; mon copain est parti vivre en Angleterre. Nous avons tous les deux besoin de prendre l’air.

Je suis une moitié-moitié : née au Québec d’un père québécois, et aussitôt faite aussitôt paquetée, élevée en France par une mère française.

Mes parents étaient des hippies, leur mariage était un arrangement, et je suis le fruit d’une erreur tardive, furtive.

Leur divorce a pris plus de temps que n’a duré leur union.

L’histoire, je la connaissais par coeur, mais j’avais grandi avec la version française ; j’avais besoin de voir si les deux versions coincidaient.  C’est pour ça que j’ai fini par me déplacer de l’autre côté de la grande flaque.

J’avais une seule photo de mon père: vêtu d’une tunique blanche, ses longs cheveux épars autour de lui, on aurait dit Jésus.

Dans le hall de l’aéroport, je l’ai de suite reconnu. C’était magique ! Deux décennies à rêver de ce jour où je pourrai me blottir dans ses bras. Et ce jour là était enfin arrivé. Quelle rencontre !

Mon père rayonnait d’une telle féminité, d’un tel charisme, d’une telle élégance que j’étais éblouie.

Il était une pièce de théatre à lui tout seul, mon père, avec ses grandes robes, ses chapeaux à froufrous, et ses bijoux plus qu’il n’en faut.

Une chance que j’avais eu une mère flyée. Ca va, c’est bon, j’étais habituée à “nous” faire dévisager.

Mon admiration pour les Drag-Queen ne remonte pas à hier, mais c’est mon père qui m’en a fait découvrir le meilleur. Le plus beau. Dans les coulisses de son intimité. Mon père qui disait que chacun est libre de tenir le rôle qu’il veut dans la vie, et de l’interpréter à sa façon.  Que chacun est libre de vivre sa vie comme il l’entend, tout simplement.

Atlantide

Une réflexion sur « MON PÈRE »

  1. Le plus fascinant dans les Drag-Queen, c’est qu’ils expriment si bien cette part de féminité. J’ai une admiration spéciale pour eux…..
    Bel hommage au père!

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