NEURO-ATYPISME

Crédit photo : Dalila Assefsaf

Ce soir, j’aimerai aborder un sujet qui me touche beaucoup. Vous l’avez lu, il est dans le titre. Et parce que j’aimerai en parler sans tabou, je vais vous décrire ma réalité. Une réalité qui me révèle parfois comme une personne intense, passionnée, mais qui m’a également maintenue des années durant dans un cloaque de solitude et d’isolement.

Une réalité que j’aimerais vous partager avec mes mots. Avec mes images. Et avec mon cœur.

Vous êtes prêt(e-s) ?

Pour comprendre ce dont je veux parler, cette impression de vertige permanent, vous devez rentrer dans mon jeu et vous imaginer “débarquer” dans un pays dont vous ignorez tout. Vous n’avez aucune idée de ses coutumes, vous ne maîtrisez aucunement sa langue, et personne ne comprend la vôtre. Vous vous réveillez là un beau matin sans aucune préparation, sans aucune solution pour en sortir. C’est ainsi. C’est l’environnement dans lequel vous devrez dorénavant évoluer.

C’est un petit peu ce qui nous arrive à tous à la naissance, non?

Maintenant, à force de vivre dans cet environnement, (sensation d’otage ?) vous développez des stratégies pour fonctionner relativement normalement. D’abord, vous observez. Les mœurs que vous découvrez sont très différentes de ce que vous connaissiez, de ce pour quoi vous étiez conditionné. Le quotidien des gens qui vous entourent, leur mentalité, leur façon de faire, de penser, vous échappent complètement. Les sons qu’ils prononcent vous laissent perplexe. Or, peu à peu, vous vous habituez. Bientôt, vous parvenez même à les prononcer. Bref, votre désir de vous intégrer est tel que vous mettez de côté votre propre identité. Même si la portée de ce que vous faites vous demeure relativement obscure. Même si vos tentatives pour ressembler à votre entourage s’avèrent la plupart du temps maladroites.

Vous me suivez toujours ?

Finalement, vous vous intégrez mieux que vous ne le craigniez de prime abord. Vous appliquez à la lettre tout ce qui vous a été enseigné, tout ce que vous avez observé. Vous appelez ça “votre copier-coller“. Vous avez appris à tenir une conversation de base, vous êtes en mesure de faire à peu près la même chose que les autres. Sauf que vous ne pouvez jamais sortir de cette ligne de conduite, vous ne pouvez en aucun cas digresser de vos acquis, parce que vous savez pertinemment que vous vous contentez d’imiter. Ce n’est jamais réellement vous, vous êtes seulement une pâle copie de ceux qui vous entourent.

Maintenant, dans mon univers à moi…

Dans mon univers à moi, la logique tel que vous l’entendez n’existe pas, je n’ai aucune capacité à déchiffrer ce qui est rationnel. Mes émotions prennent le dessus sur tout, que ce soit la joie, la peine, la colère, l’exaltation, l’intuition … Jamais de demi-mesure, et jamais dans le cartésien, en aucun cas dans le méthodique. J’aime inconditionnellement, et je méprise sans nuance. Je fonce tête baissée et, bien souvent à mon corps défendant, je réfléchis après. C’est comme ça, je ne sais pas le faire avant.

Je n’ai pas de filtre. À mes yeux tous les sujets s’abordent. Je ne connais pas la pudeur des mots, ni la diplomatie. Avec le temps, j’ai souffert. J’ai blessé des gens, je les ai perdus. Avec le temps, j’ai appris. J’ai retenu.

La plupart du temps, je reçois les mots sous forme d’images, l’emploi d’expressions aux contours colorés m’étourdit. J’entends, mais je ne décode pas. Au même titre que je n’ai pas de filtre, j’ignore comment interpréter ce qui sort de ma zone de confort. Comprendre tous les rouages d’une conversation m’est ardu. Et A moins d’un effort considérable pour mémoriser toutes les options disponibles pour chaque sujet potentiel, je dois souvent me restreindre aux grandes lignes des discours que j’ai appris par cœur.

L’humour m’est pénible. Je n’en saisis pas toutes les subtilités et le vis généralement comme une attaque personnelle. Ma sensibilité n’a d’égale que le désarroi dans lequel je plonge quand je ne comprends pas. Quand je me heurte à ce voile opaque. Omniprésent.

Suivre un film d’action nécessite que quelqu’un m’explique au fur et à mesure, effectuer une tâche implique que l’on m’en nomme clairement les étapes. Entrer en relation, interagir en société m’est difficile. J’évite les foules, j’évite les fêtes, j’évite les trop grands rassemblements.

Ca m’a pris beaucoup de temps, plusieurs décennies, mais un jour, j’ai découvert que mes forces étaient à la hauteur de mes faiblesses.

Enfant, j’étais incapable de saisir le moindre schéma mathématique. Je décrochais de tout ce qui “ne me parlait pas”. Nonobstant ce déficit, à treize ans, je maîtrisais la bibliographie de Stendhal, je dévorais les récits d’Emile Zola, je voyageais au travers des journaux d’Anaîs Nin, je me révoltais en lisant Virginia Woolf, je m’enflammais pour Georges Sand et Marguerite Yourcenar. Et à seize ans, j’avais reçu une multitude de prix littéraires dans ma région. Ma moyenne générale était une catastrophe mais j’excellais dans ce qui captait mon attention. Ce genre de décalage-là, dans les années quatre-vingt, on n’en parlait pas.

Aujourd’hui, j’ai trouvé ma place. Aujourd’hui, je ne cherche plus à être quelqu’un d’autre. Je ne cherche plus tant que ça à ressembler aux autres non plus. L’amour de mes proches, leur soutien, et peut-être plus particulièrement cette complicité avec mon fils qui me ressemble tant, m’ont permis d’apprendre à m’aimer. Parce qu’il est bien évident que, même si en tant qu’être humain, ma quête perpétuelle est de m’améliorer, je ne peux tout de même pas devenir … une autre personne que moi.

La rose ne pique que si on la touche là où il y a des épines, disait ma mère.

J’ai souvent écrit sur la neuro-diversité. Je déplore que l’on n’accentue pas davantage cette réalité là dans les écoles, dans les entreprises, dans les partenariats (de vie). Au même titre que l’on naît tous égaux en droits, je réclame le droit à la diversité neurologique. À la divergence d’esprit. Je réclame mon droit à la liberté d’être comme je suis, sans condition.

Neuro-atypisme – La fierté d’être. Parce que si nous avions de tous nous ressembler, nous serions tous nés identiques, celà va de soi !

Atlantide

 

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