LA MALADIE MENTALE

Crédit photo : Dalila Assefsaf

J’ai longtemps cru que la maladie mentale s’attrapait comme un rhume parce que ma mère, elle, elle l’attrapait chaque printemps. 

Ça lui tombait dessus comme un coup de massue. Quelque chose dans  le mécanisme coinçait, et notre été était fichu. Vingt-et-un jours à attendre que la médication embarque, et qu’elle puisse quitter l’hopital psychiatrique pour rentrer à la maison.

Ses délires prenaient toute la place / envahissaient l’espace. Le temps qu’elle recouvre tranquilement la raison. À coup de puissantes doses de poison.

À chaque fois, c’était beaucoup d’émotion. Ma mère avait fait un paquet de problèmes avant son hospitalisation. Nous habitions une toute petite ville, et nous en étions régulièrement l’attraction. C’est une période dont je saisissais mal les enjeux; personnellement, ma mère me manquait cruellement. 

Son cerveau s’est mis tout seul sur pause, qu’ils s’exclaffaient.

Il parait qu’un cerveau de folle ça explose, qu’ils continuaient.

Je n’ai jamais compris pourquoi ils se moquaient. Chez nous, on souffrait.

Un jour, ma mère a été transférée. Les infirmières étaient occupées et la fenêtre était mal fermée. Alors elle a sauté. 

Selon le rapport, ma mère s’est suicidée parce qu’elle souffrait de délires obsessionnels. J’ai plutôt eu l’impression qu’on ne se souciait pas vraiment d’elle.

 Atlantide

 

Une réflexion sur « LA MALADIE MENTALE »

  1. Je suis si touchée Atlantide. Par autant d’empathie, autant d’amour de ton parent après autant d’abadons et d’horreurs. Je ne sais pas quoi ajouter… dans mon cœur il y a mille choses à te dire mais je suis bouche bée… juste te dire que mon papa était si grand alcoolique qu’il délirait. Quand il rentrait dans cet état, je ne le reconnaissait pas physiquement. J’en étais incapable, dans ma psyché d’enfant. Je criais au voleur ! Et pourtant, quel papa tendre, attentionné, intelligent, amoureux de ses enfants il était aussi… quand il allait bien… Moi-même j’ai souffert plus tard de problèmes de santé mentale, c’est inévitable, j’étais une grande traumatisée de l’enfance volée. Alors, face à la stigmatisation, à l’indifférence, au mépris et vivant les retraumatisations qu’on appelle de soins, j’ai mieux compris mon père, la souffrance qu’il devait vivre aussi, l’impuissance qu’il devait ressentir, lui qui n’a jamais pu s’en sortir. Bref. Merci, Atlantide pour ce beau, courageux témoignage. Que ton parent te lise à partir de quelque part de l’autre monde. Merci pour ce baume.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *